Nous avons eu une récente alerte sur les sections réservées aux élèves en difficulté scolaire dans les collèges de Saint-James et de Marigny, les SEGPA, que l'Education nationale voulait fermer. Elles ont été sauvées...

Voici maintenant que se profilent des menaces pour l'avenir des collèges de Pontorson, Isigny-le-Buat et Sourdeval. Nous ne devons pas l'accepter.
Un an après la fermeture des collèges de Juvigny-le-Tertre et du Teilleul, on voit bien que ce n'est pas le soi-disant intérêt des élèves qui commande ce genre de décisions, même quand l'Inspection d'Académie dit et répète qu'il vaut mieux être dans un gros collège avec beaucoup d'options et beaucoup de moyens que dans un petit. La vérité, c'est qu'on essaye trop souvent de faire contre mauvaise fortune bon coeur en avançant des arguments d'intérêt général hautements discutables pour faire passer la pilule. Ces arguments ne sont le plus souvent que l'habillage d'une pratique plus rude: les réductions d'effectifs provoquées par les déficits publics.
Dans les petits collèges, les classes ont généralement peu d'élèves et dans les gros collèges elles en ont en moyenne nettement plus. Il faut donc moins de professeurs pour un même nombre d'élèves quand les élèves sont regroupés. C'est mathématique. D'où les projets de fermeture.
Il est temps de corriger cette politique en tenant compte des réalités du monde rural: si nous ne voulons pas que le bocage normand devienne un désert, l'Education nationale comme les autres services publics doivent impérativement comprendre qu'ils n'ont pas seulement une responsabilité dans un domaine spécialisé de l'action de l'Etat mais qu'ils sont partie prenantes d'une politique nationale qui dépasse leur mission particulière et dont fait partie l'aménagement du territoire. Cela implique des coûts. Il importe de les chiffrer, de les assumer et de les compenser aux ministères concernés. Car renoncer à ces actions, les traiter comme secondaires, en faire une variable d'ajustement de la dépense publique, ce serait renoncer à l'équilibre de nos territoires et dépeupler un monde rural qui demeure essentiel pour l'avenir de la France. C'est de lui que provient notre alimentation et une partie importante de nos ressources d'exportation. Ce serait irresponsable de l'oublier et de ne pas assurer au monde rural des services comparables à ceux des villes pour y fixer la population nécessaire et lui permettre de se renouveler. A moyen terme, le mépris de la ruralité aurait un coût lui aussi, celui de l'apauvrissement et de la dépendance par rapport aux importations alimentaires réalisées au prix fort. N'ayons pas la vue trop courte. Agissons!