Il m'est arrivé de prendre des distances par rapport à une certaine pratique du pouvoir. Fort de l'expérience acquise pendant huit années passées à l'Elysée auprès de Jacques Chirac, je m'autorise parfois à faire des recommandations et à donner quelques conseils, que je pense être de sagesse, de justice et d'équilibre. Je n'aime pas les "béni-oui-oui" de la politique, mais si je m'autorise ici ou là des critiques, j'espère mesurées, c'est avec plus de plaisir encore que je salue les décisions qui me paraissent aller dans le bon sens...
La nomination d'Alain Juppé, de Gérard Longuet et de Claude Guéant dans les fonctions de souveraineté les plus éminentes fait partie de ces décisions qui méritent d'être approuvées.
Aux affaires étrangères, l'ancien Premier ministre, que j'ai servi avec respect entre 1995 et 1997, que je connais bien, et dont j'ai toujours admiré le courage, la droiture, l'intelligence et la compétence, exercera sa fonction avec autorité. Il a la capacité de rendre à la France la place que Jacques Chirac lui avait acquise au Proche-Orient et dans le monde arabe en refusant de se laisser entraîner dans la guerre contre l'Irak. C'est très bien: Juppé a la classe internationale et l'envergure d'un chef d'Etat. Il sera loyal au Président Sarkozy, mais il ne se laissera pas marcher sur les pieds.
Le retour de Gérard Longuet au Gouvernement dans les fonctions de ministre de la défense nationale est une résurrection pour cet homme de grande expérience à qui la justice a rendu raison après qu'il ait été injustement traîné dans la boue. Il eut été dommage de se priver de ses compétences éminentes. Il fut plusieurs fois ministre, en 1986 et en 1993. C'est aujourd'hui un sage de la République, et c'est un homme calme, pondéré, courtois, ouvert et bienveillant.
Quant à Claude Guéant, avec qui j'ai en commun d'avoir été trois ans Secrétaire général de l'Elysée avant d'entrer au Gouvernement, ce qui a créé entre nous un lien particulier, je l'ai connu en 2002 quand il dirigeait le cabinet du ministre de l'Intérieur et j'appréciais sa force de travail, son sang froid et sa connaissance exceptionnelle des rouages de la sécurité nationale. Il est à coup sûr la personnalité la plus compétente pour exercer avec sérieux et efficacité la fonction qui lui a été confiée, succédant à Brice Hortefeux qui n'avait cependant pas démérité.
Les trois nouveaux ministres ont en commun d'avoir été de grands commis de l'Etat et d'avoir dépassé l'âge de 65 ans. C'est un signe: l'heure est aux compétences, au sérieux et à la réflexion qui inspire l'action, pas au tapage médiatique, au fanfaronnades et aux rodomontades des politiciens de seconde zone !