Dans la Manche, le chômage est plus faible qu'ailleurs en France, ce qui ne nous a malheureusement pas immunisés contre les pertes d'emplois et la
montée du chômage avec la crise. Est-ce parce que notre situation économique est plus brillante? Hélas, non!
C'est parce que beaucoup de jeunes partent à Caen, Rennes, Paris ou ailleurs pour leurs études et ne reviennent plus ensuite. Et quand nous avons besoin d'ingénieurs,
de cadres ou de techniciens, nous avons autant de mal à les attirer que les jeunes médecins et les jeunes dentistes dont nous manquons de plus en plus cruellement, malgré la qualité de vie que
nous leur promettons...

Dans le même temps, les jeunes retraités affluent d'autres régions, surtout attirés par notre littoral où l'art d'être grands parents se pratique avec bonheur à la manière de
Victor Hugo ! Ce "nouvel âge actif" joue d'ailleurs avec dynamisme un rôle formidable, étant premier partout dans le domaine du bénévolat et de l'action
municipale. Son apport à la société est déterminant.
Il n'empêche que la répartition de la population entre les différents âges de la vie est source d'interrogations dans notre Département: dans vingt ans, si nous n'y prenons pas garde, nous aurons
plus d'anciens dans nos maisons de retraite et moins d'enfants dans nos écoles, avec des actifs moins nombreux pour faire tourner l'entreprise Manche.
Pour ma part je ne crois pas au caractère inéluctable du déclin, mais je ne crois pas non plus que les choses vont s'arranger toutes seules. Il va y falloir de l'énergie, de la volonté et de
l'imagination.
J'ai parlé de nos points faibles. Mais nous avons aussi des atouts. A nous de les jouer!
Dans sa grande enquête sur la jeunesse, le Pays de la Baie a mis en évidence que nos jeunes, s'ils sont comme tous les jeunes attirés par les vents du
large et l'esprit de découverte (ce qui est bien ! ), sont également profondément attachés à leur terre et ne demandent pas mieux que d'y faire leur vie. Pour cela, encore faut-il qu'ils
trouvent les débouchés et la qualité de vie qu'ils attendent.
En ce qui concerne les débouchés, je propose cinq priorités pour l'action publique :
1-la filière agro-alimentaire;
2-le numérique;
3-le tourisme;
4-le tissu industriel;
5-les services aux personnes.
1- La filière agro-alimentaire:
En se concentrant, l'agriculture n'a pas cessé de perdre des emplois au cours des dernières décennies. Elle a fait le choix courageux d'une modernisation à marche forcée, qui a porté ses fruits.
Celle-ci laisse parfois un goût amer quand on pense à la vie d'autrefois et à l'exode rural que nous avons subi, d'autant que l'équilibre de nos productions reste précaire et que le revenu
agricole demeure généralement faible. Pourtant, nous avons de grandes forces, avec une filière laitière aujourd'hui performante même si elle n'égale pas certains de nos concurrents européens.
Nous n'avons pas de meilleur choix que de poursuivre la modernisation, tout en nous fixant deux limites: maintien du caractère familial des exploitations, maintien de l'emploi agricole
total, car il a désormais atteint un plancher en-dessous duquel il peut difficilement descendre sans péril pour l'avenir.
2- les nouvelles technologies numériques, qui à elles seules vont créer 450 000 emplois en France d'ici 2015 :
Avec le haut débit partout et le très haut débit d'abord à Cherbourg et Saint-Lô, puis progressivement dans le reste du territoire manchois, nous avons une carte majeure à jouer. Le numérique,
c'est la nouvelle chance de la ruralité car il permet de commercer avec le monde entier sans quitter son terroir et de créer de nouveaux services à la population pour améliorer son confort
et sa sécurité. Voilà pourquoi il est essentiel d'investir dans ce domaine, alors même que les retombées peuvent ne pas être immédiates. Avec un objectif ambitieux: créer notre part des nouveaux
emplois numériques en visant 4000 emplois d'ici 2015.cela suppose que nos collectivités acceptent de participer à cet investissement majeur.
3- Le tourisme:
C'est un domaine où nous avons progressé, mais nous sommes encore en-dessous de ce que nous pourrions être ! Le Mont Saint-Michel et les plages du débarquement attirent, mais si nous voulons en
maximiser les retombées, nous devons améliorer notre équipement de loisirs et la qualité de l'offre d'hébergement et mieux faire connaître la destination Manche en jouant sur nos espaces naturels
et sur le caractère si particulier du bocage.
4- Le tissu industriel:
Il doit être développé autour des grands axes de circulation en irriguant en profondeur l'arrière-pays. Rennes et Caen sont aujourd'hui des villes chères pour le foncier et de plus en plus
saturées. Il y a pour nous une carte à jouer autour de la desserte autoroutière et ferroviaire, en profitant du désenclavement numérique et de nos points forts que sont les productions
alimentaires, l'énergie et les chantiers navals. Nos PME implantées autour des bourgs pourront continuer à se développer en s'appuyant sur cette dynamique.
5- les services à la personne:
L'installation des familles, où désormais femme et l'homme travaillent tous deux, passe par une offre de garde adaptée, par un système scolaire de proximité assorti de transports scolaires
adaptés et par un réseau d'activités périscolaires de qualité. C'est un fort gisement d'emplois pour demain. De la même façon, les services aux personnes âgées (et handicapées) sont appelés à se
développer très fortement compte tenu du vieillissement de la population. Il faut donc former en plus grand nombre les professionnels nécessaires à l'essor de ces activités qui vont s'enraciner
profondément dans le monde rural.
Pour animer la politique économique de la Manche, aux côtes des chambres consulaires, il importe que le Departement puisse s'appuyer sur une intercommunalité beaucoup plus forte qu'aujourd'hui. C'est tout le sens de la reforme territoriale en cours, dont je souhaite le succès malgré les imperfections parfois graves du texte législatif. Mais il faut qu'une volonté politique forte et une ligne claire émergent nettement pour donner l'impulsion à un nouvel élan économique.
