
Depuis que le Président de la République, n'étant pas sourd aux critiques contre le bouclier fiscal, a ouvert le débat sur la fiscalité, chacun y va de ses propositions et s'érige en spécialiste, mine grave, air entendu, ton professoral.
Ces bons Docteurs en ficalité, qui se disent dévoués à la santé du contribuable, ne sont pas sans rappeler les médecins ridicules de Molière. Ils multiplient les prescriptions au chevet du malade et transforment le débat démocratique en vide-grenier des idées reçues, où les camelots rivalisent de démagogie pour attirer le chaland. Et le chaland, chacun le sait bien, s'appellera bientôt électeur...

Éclairer le discernement du citoyen, c'est la noblesse d'une démocratie ou chacun doit pouvoir s'exprimer sans oublier d'écouter l'autre, en sachant respecter ses idées au point d'accepter
de changer les siennes.
A la foire aux idées fiscales, au salon des impôts à réformer, j'ai essayé de faire mon marché mais je n'ai rien trouvé de bien enthousiasmant... Voici le
compte-rendu de ma visite-promenade:
1) Certains marchands de bonheur, dont la démagogie n'a plus besoin d'être soulignée, critiquent la TVA comme injuste, mais se gardent bien de dire comment la
remplacer.
Certes, cette taxe est proportionnelle à la dépense et pas au revenu, et tout le monde la paie même les pauvres. On a donc le droit de la critiquer. Mais on n'a pas le droit de le faire sans
expliquer ce que l'on propose en échange. La TVA est en effet le premier impôt en France. Si on la diminue, par quoi la remplace-t-on pour payer les services publics? Personne ne
propose bravement de supprimer davantage de postes d'enseignants, de gendarmes, de policiers ou de soldats. Si l'on veut baisser la TVA malgré nos 300 milliards de deficits
publics (ce qui est déjà une folie ou une inconscience indigne de responsables publics), il faut alors avoir le courage d'augmenter d'autres impôts. Choisissez: L'impôt sur le
revenu? La CSG? L'impôt sur les bénéfices des entreprises? L'impôt sur la fortune? A la foire à la brocante fiscale, il n'y a soudain
plus personne, pas un bonimenteur ne répond à ces questions... et pour cause!
2) Il s'en trouve même qui ne s'embarrassent pas de cohérence et s'apprêtent à voter en même temps la suppression ou la réduction de l'impôt sur la fortune: la TVA est
injuste pour les pauvres, l'impôt sur la fortune est injuste pour les riches, pour être juste avec tout le monde, réduisons ou supprimons... les deux! Plus c'est gros, mieux ça passe une
fois que l'on a décidé de dire n'importe quoi! On aimerait pouvoir en rire, mais c'est en réalité très grave. L'irresponsabilité est à nos portes, et le mépris du public. Je tiens pour ma part
pour contradictoire de vouloir supprimer le bouclier fiscal pour que les classes aisées participent davantage à la solidarité dans cette période de crise
et de vouloir en même temps diminuer ou supprimer l'impôt sur la fortune. Celui-ci a d'ailleurs été en grande partie vidé de sa substance par les réforme dees gouvernements
Raffarin et Fillon.
3) Je m'étonne de ne pas entendre les mêmes poser la seule vraie question, celle dont on parle au travail comme en famille: la France dont les déficits publics sont passés de 2% de la production nationale en 2007 à plus de 8% en 2010 à cause de la crise, pourra-t-elle éviter longtemps une hausse des impôts? Les mesures d'économies drastiques mises en oeuvre aujourd'hui suffiront-elles? C'est en répondant d'abord à ces questions que les apôtres de la réforme fiscale auront une petite chance de retrouver une petite crédibilité.