La France au secours du peuple libyen

La France est en première ligne au soutien du peuple libyen
La France est en première ligne au soutien du peuple libyen

L'intervention aérienne et navale de la France et de plusieurs de ses alliés en Libye est courageuse. Cette initiative, voulue par le conseil de sécurité des nations unies, doit beaucoup à la volonté personnelle du Président Sarkozy. Elle rompt avec la doctrine traditionnelle de notre diplomatie et de celle de nombreux Etats qui, telle l'Allemagne, au nom du repect de la souveraineté, prônent aujourd'hui encore la non ingérence dans les affaires intérieures des autres pays et la reconnaissance des régimes en place, quels qu'ils soient. Cela n'empêche pas les mêmes Etats d'intervenir verbalement pour la défense des droits de l'homme, mais toujours par la voie diplomatique. Tout au plus allait-on traditionnellement jusqu'à l'application de sanctions économiques, comme ce fut le cas par exemple pour l'Afrique du Sud tant qu'a duré l'apartheid. La seule véritable entorse à cette ligne de conduite, c'est le "devoir d'ingérence" inventé par Bernard Kouchner et "Médecins sans Frontières" pour permettre de secourir des populations entraînées par les guerres dans les grandes migrations de la misère, de la faim et de la peur. Alors, les nations unies interviennent sur le terrain pour protéger les réfugiés et séparer les belligérants.

Avec cette intervention militaire, même s'il ne s'agit pas d'une inervention au sol, on entre dans une ère nouvelle...  

La diplomatie française de l'après-Lybie devra trouver son équilibre entre audace et prudence

La Révolution libyenne conduira-t-elle vraiment à la démocratie?
La Révolution libyenne conduira-t-elle vraiment à la démocratie?

Gardons-nous bien de généraliser à partir des événements en cours, dont le dénouement est inconnu au moment où j'écris ! Si demain l'Iran, la Chine voire la Russie, commettent des actes de barbarie dont une partie de leur population est victime, nous ne pourrons pas jouer les fiers à bras... ou alors nous devrons accepter de nous engager dans un conflit planétaire. Par ailleurs, chacun reconnaît que Jacques Chirac a eu raison de ne pas nous engager dans la guerre en Irak, bien que Saddam Hussein ait été un dictateur parmi les plus sanguinaires. Les Etats-Unis de George Bush se préoccupaient comme d'une guigne des droits de l'homme, étant surtout soucieux de protéger leurs intérêts pétroliers. Depuis 2001, ils étaient entrés dans une guerre des civilisations entre l'islam et l'occident qui ne pouvait qu'amplifier les menaces terroristes. Et le risque d'instabilité durable en Irak, imposant le stationnement de forces d'occupation pendant près de dix ans, est très vite devenu une réalité. 

Ne soyons pas non plus candides. On peut faire tomber Kadhafi, sans doute, mais on ne peut pas établir la démocratie par la force des armes. N'ayons pas la naïveté de penser que le départ du dictateur permettra comme par enchantement l'arrivée au pouvoir d'une génération de défenseurs des libertés amoureux du modèle démocratique occidental. Il y aura certainement encore bien des soubresauts avant d'en arriver à ce résultat. Soyons également attentifs au retournement toujours possible de l'opinion arabe, dont on connaît la passion nationaliste et la crainte de toute occupation militaire occidentale, vite perçue comme un retour du colonialisme.

L'intervention en Libye est à l'honneur des pays qui y participent, mais ces conséquences devront être maîtrisées, tant dans la gestion de la crise libyenne elle-même que dans la réponse que nous aurons à apporter demain à d'autres crises internationales.

A la différence de Ben Ali et de Moubarak, partis comme Louis-Philippe ou Napoléon III sans avoir tenté de retourner leurs armes contre leur peuple, Kadhafi préfère assassiner les Libyens que de se résigner à quitter le pouvoir. C'est insupportable, et comme la Libye ne peut nous opposer une puissance de feu telle que toute action militaire nous ferait courir des risques disproportionnés à nos objectifs, l'intervention armée était la seule option à la fois morale et réaliste. Elle ne doit donc rien à je ne sais quel idéalisme qui voudrait que désormais nous renoncions à toute "realpolitik".

Dans l'ordre international, aucun Etat ne peut prétendre imposer sa manière de voir aux autres, et il est normal que les Etats défendent avant tout leurs intérêts. C'est aussi ce que fait la France en Libye, en investissant sur l'amitié entre les peuples après avoir trop longtemps investi sur l'amitié entre les chefs d'Etat.

 

 

 

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