
La situation médicale du monde rural se dégrade depuis plusieurs années. Elle a aujourd'hui dépassé la cote d'alerte.
Ce n'est pas que les Gouvernements successifs soient restés inactifs: maisons médicales puis pôles libéraux de santé, avantages divers à l'installation, notamment par la prise en charge de cotisations sociales, maillage plus serré des urgences hospitalières, meilleure organisation du 15 et de la "permanence des soins", régionalisation du concours de l'internat pour maintenir les médecins dans la région où ils ont fait leurs études et augmenter le nombre de places dans les régions déficitaires, réforme des études de médecine avec des stagesz dans les cabin ets médicaux, revalorisation du rôle du généraliste... et surtout hausse considérable du nombre d'étudiants admis chaque année en deuxième année de médecine (3500 en l'an 2000, 7200 maintenant).
Il y a aussi eu les longs débats préalables à l'adoption de la loi "hôpital, santé, patients, territoires" de 2009, qui n'ont pu aboutir à des mesures fortes en matière d'installation, le principe de la liberté d'installation étant dans notre pays une véritable vache sacrée.
Et il y a encore l'initiative de certains Départements comme la Manche, qui ont très tôt pris le taureau par les cornes en créant des bourses pour les étudiants qui s'engagent à exercer dix ans chez nous. Depuis peu, ces bourses entrent en concurrence avec le système plus avantageux que l'Etat vient de mettree en place pour les zones fortement déficitaires. La Manche a donc perdu son avance et nous ne sommes plus compétitifs par rapport aux autres régions, ce qui nous impose de concevoir une nouvelle politique. Ce sera bientôt chose faite.
Que dire après tant d'années d'efforts nationaux et locaux?
Le paradoxe est que jamais il n'y aura eu autant de médecins en France.
Mais ils ne veulent pas s'installer en médecine libérale et, quand ils s'installent tout de même, ils préfèrent massivement les villes et les régions ensoleillées aux campagnes, sans que la prise en compte des besoins de la population soit imposée. Et pourtant, la rémunération des médecins est en grande partie tributaire de la sécurité sociale, des mutuelles et des assureurs, c'est à dire de financeurs, dont la légitimité à orgagniser la répartition de l'offre de soins sur le territoire est le plus souvent récusée par les representants du corps médical.

On a beau rivaliser d'inventitvité, les résultats ne sont pas seulement décevants, ils montrent une aggravation continue de la situation, qui va en s'accélérant.
D'un côté, les générations nombreuses de médecins de l'après-guerre arrivent à l'âge de la retraite et quittent leur cabinet médical, tandis que ceux qui restent voient se reporter sur eux une patientèle tellement nombreuse qu'ils ne parviennent pas à faire face, certains cherchant un autre mode d'exercice que l'activité libérale pour avoir un équilibre de vie supportable.
De l'autre , les nouveaux médecins, dans cet environnement dégradé, répugnent à s'installer: moins de 10% le font l'année de leur entrée dans la vie professionnelle, les autres préférant l'hôpital, la médecine salariée ou l'exercice libéral dans le cadre de remplacements, faciles à trouver et bien rémunérés (les honoraires sans les charges!).
Enfin, il faut savoir que 70% des étudiants en médecine sont des femmes, qui aspirent légitimememt à un autre mode de vie que celui de leurs aînés médecins de campagne. Elles aspirent en effet à concilier vie professionnelle et responsabilités familiales.
Dans ce domaine cependant, toute résignation est impossible car les effets de la désertification médicale pourraient être gravissimes non seulement pour l'équilibre du monde rural tout entier mais aussi pour la sauvegarde de la santé publique.
Que faire aujourd'hui?
D'abord, colmater les brêches! Tout est bon à prendre: organiser les stages d'étudiants en médecine chez nos généralistes et les remplacements de médecins libéraux dans notre département parce que l'on sait qu'ils peuvent être l'occasion de donner à des médecins l'idée de s'installer; poursuivre la politique d'installation de cabinets de groupe et de maisons médicales pour professionnels de santé de spécialités différentes, en allant au-delà de ce que propose l'Etat; mettre en place des cabinets secondaires et faciliter le transport des personnes âgées pour consultation médicale, ...etc.
Ensuite, préparer l'avenir. J'en suis venu à la conviction qu'il faut désormais inventer un nouveau mode d'exercice qui combine l'indépendance de l'exercice libéral, la sécurité matérielle de l'exercice salarié et le respect d'impératifs de service public, avec des exigences à respecter sur le lieu d'exercice et sur la participation à la politique de prévention. Ce nouveau mode d'exercice coexisterait avec l'exercice libéral, qu'il ne remplacerait pas.
Il va de soi que le contrat devrait être passé dès les études médicales, en ouvrant une voie de recrutment spécifique à ce nouveau mode d'exercice, qui serait également accessible à des médecins expérimentés qui en feraient le choix. Il ne s'agit en aucun cas de prendre en traître des médecins qui ont consenti des années de sacrifice pour leur formation et qui n'accepteraient pas de se voir imposer un mode d'exercice qui n'aurait pas été convenus à l'avance.
Je mesure ce qu'une telle proposition a de révolutionnaire dans notre pays. Je suis prêt à examiner toute autre proposition d'effet comparable. Mais je crois que la situation médicale dans le monde rural est en train de devenir tellement grave qu'au-delà de tous les efforts accomplis depuis dix ans, il est plus que temps de passer à la vitesse supérieure.