
Le récent sommet de Bruxelles a permis de sauver les meubles. Il ne garantit rien pour l’avenir. Tout reste à faire si l’on veut faire taire la spéculation contre la zone euro. Dans Paris Match, Jacques Attali estime à au moins mille milliards d’euros le montant du fonds européen à mettre en place pour juguler tout risque d’attaque spéculative sur la dette de nos Etats. Il a raison.
Depuis longtemps,’Europe joue à se faire peur. Elle l’a toujours fait. Toutefois, ce jeu qui n’en est pas un devient de plus en plus dangereux. Il est plus que temps d’y mettre fin. Les dernières négociations au bord du précipice sur la dette de la Grèce l’illustrent avec gravité.
Un sursaut est indispensable. Il faut tirer les enseignements de la crise, être à la hauteur des risques financiers actuels.

1°) Le salut de l'Europe passe d’abord par la réaffirmation du couple franco-allemand et par son approfondissement. Sans l’accord Merkel-Sarkozy, obtenu à l’arraché la semaine dernière, rien n’aurait été possible à Bruxelles. L’Allemagne et la France ont tant d’amis en Europe, chacune de leur côté, que leur entente préfigure presque toujours la formation d’une majorité motrice pour que l’Union prenne ses décisions. C’est la raison pour laquelle on peut dire que le couple franco-allemand est le moteur de l’Europe. Quand le couple est divisé, l’Europe est en panne. Et quand l’Europe est en panne, nos intérêts fondamentaux sont en péril, nos concurrents se réjouissent, les grandes puissances ont le champ libre pour régler leurs affaires sur notre dos.
Jacques Chirac disait souvent que l’union franco-allemande ne repose pas sur la proximité et la convergence des intérêts des deux pays, mais au contraire sur l’importance de leurs divergences naturelles, liées à la géographie, à l’histoire et à l’économie. Nous n’avons les mêmes intérêts ni sur l’agriculture, ni sur l’industrie, ni sur le commerce extérieur, ni sur l’immigration, ni sur la défense, ni même sur le budget européen… Faute d’être surmontées, ces divergences rendraient la construction européenne impossible. Heureusement, nos dirigeants ont considéré avec constance que l’Europe était devenue une nécessité absolue non seulement pour la paix européenne, mais aussi pour la prospérité de nos peuples. C’est un intérêt supérieur placé au-dessus de tous nos autres intérêts, aussi fondamentaux soient-ils. Il a fondé le couple de Gaulle-Adenauer, Brandt-Pompidou, Giscard-Schmidt, Mitterrand puis Chirac- Kohl, et enfin Chirac-Schroeder. Le couple Merkel-Sarkozy a manifestement plus de mal à se former. Il n’est pas moins indispensable à l’Europe tout entière, comme l’a prouvée la crise aigüe de ces dernières semaines.
2°) Il n’y a plus de place pour le laxisme budgétaire en Europe. Le déficit public s’ajoute semaine après semaine à la dette ; la dette est financée par l’emprunt auprès des grandes institutions financières ; les institutions financières achètent et vendent les bons du trésor et les obligations d’Etat sur les marchés financiers. Et finalement les marchés, à l’écoute des agences de notation, statuent souverainement sur la solvabilité des Etats, qui détermine le niveau des taux d’intérêt. On fustige aujourd’hui les marchés pour leur attitude irresponsable. C’est oublier que la responsabilité est d’abord celle des gouvernements qui se sont mis dans leurs mains !
La France n’a jamais connu de déficits publics aussi importants qu’en 2010. Cela s’explique en grande partie par la baisse de rendement des impôts et cotisations à cause de la crise. Cela s’explique aussi par la hausse des dépenses sociales qui compense automatiquement la perte de revenu des Français victimes du chômage (allocations de chômage et RSA, allocations de logement, allocations familiales soumises à condition de ressources…). Mais les mauvaises habitudes de dépenses prises par les gouvernements successifs et par une gestion publique insuffisante ont aussi leur responsabilité.
L’inscription dans notre Constitution d’une règle d’or tendant à l’équilibre budgétaire est une bonne idée. S’ils veulent gagner la confiance des Français et les rassurer sur leurs intentions dans le cas où ils arriveraient au pouvoir, les socialistes devraient voter cette réforme au lieu de s’y opposer.
3°) L’Europe doit franchir un nouveau palier. Comme on a beaucoup de mal à décider en mettant de nombreux gouvernements autour de la table, on a préféré l’Europe des règlements et des directives à une Europe politique qui pourrait répondre dans l’urgence aux besoins de ses peuples. Cela ne peut plus fonctionner correctement dans un monde de plus en plus en plus intégré et qui bouge de plus en plus vite. L’Europe est lente et parfois inerte. Il faut qu’elle devienne aussi rapide et réactive que n’importe quel gouvernement des grands pays concurrents, et notamment la Chine, l’Inde, le Brésil… qui sont devenus nos grand rivaux. Et il faut qu’elle impose une politique budgétaire harmonisée, afin d’éviter de laisser un pays comme la Grèce s’enfermer dans la spirale des déficits, pour finalement devoir voler à son secours au prix fort. Le gouvernement économique est devenu une nécessité absolue : une Europe qui cesserait d’avancer ne manquerait pas de reculer, et peut-être même d’éclater, nous privant de toute protection et de toute force de conquête pour maîtriser la mondialisation. Dommage qu’il ait fallu la crise grecque pour s’en apercevoir !