Il n'y a plus, pour le moment, qu'un candidat qui ait peut-être encore la capacité de rassurer les Français face à la crise et face au risque de nouvelles secousses: qu'on le veuille ou non, c'est Nicolas Sarkozy. Or, cette capacité à rassurer sera décisive lors de l'élection présidentielle - ce qui, bien entendu, ne signifie pas que sa réélection soit assurée, loin s'en faut...
Je n'aurais probablement pas écrit la même chose il y a seulement trois mois.
Que s'est-il passé depuis?
1°) L'affaire grecque, la difficulté de l'entente franco-allemande, la négociation d'un accord européen arraché au bord du gouffre, le caractère extravagant du déficit budgétaire et du déficit commercial américains, la faiblesse du Président Obama face au Congrès américain pour résoudre ces difficultés majeures, la dégradation de la note américaine par une agence de notation, l'effondrement des bourses de valeurs... toutes ces difficultés qui arrivent au moment où l'Afrique de l'Est est en proie à une famine sans précédent, démontrent que la situation économique est aujourd'hui des plus fragiles.
2°) En 2012, il s'agira donc d'être crédible dans la gestion de la crise économique internationale et des finances publiques françaises pour pouvoir rassurer. Or, Dominique Strauss-Kahn n'est plus candidat. A gauche, lui seul avait la capacité d'assumer une parole légitime et crédible sur l'économie, qui sera la première préoccupation des Français en 2012. Aucun des candidats à la primaire socialiste ne peut lui disputer cette qualité essentielle. Ni Martine Aubry, qui promet déjà d'augmenter de 30 à 50% le budget de la culture (et demain sans doute ceux de l'éducation nationale, des maisons de retraite, des hôpitaux, de la politique de l'emploi, où les besoins sont incontestablement importants...) Ni François Hollande,qui, malgré une meilleure crédibilité sur ce chapitre, n'a jamais eu l'occasion de faire la preuve de ses capacités gouvernementales. Quant aux solutions de Marine Le Pen, elles n'en sont pas! La préférence nationale et la sortie de l'euro, c'est une augmentation massive du chômage car un tiers des français travaille directement ou indirectement pour l'exportation. C'est notamment le cas de l'agriculture et de l'industrie alimentaire.
Si l'on essaie de regarder les choses le plus objectivement possible, voici ce qui plaide pour et contre le président sortant:
1°) Pour:
-Il est en place, désormais expérimenté, absorbé par la gestion de la crise et il est difficile de changer de dirigeants au milieu du gué: en période de crise, il faut de la constance dans l'effort;
-Il a acquis une autorité internationale qui donne à la France les meilleures chances d'être entendue;
-Il a démontré sa capacité de réforme et le travail n'est pas fini;
-Il se présidentialise enfin, s'éloignant de l'image qu'il avait délibérément voulu donner d'un président d'un genre nouveau, "mains dans le cambouis", présent sur tous les fronts pour s'occuper de la vie quotidienne des Français, sorte de Premier ministre élu au suffrage universel.
2°) Contre:
-Le sentiment qu'il faut plus de justice et de cohésion sociale si l'on veut faire accepter une longue période de rigueur budgétaire;
-La situation de l'emploi, qui tarde à s'améliorer;
-Le souvenir de la période dite "bling-bling";
-le retour au bercail de l'électorat de l'extrême-droite capté en 2007 et la mobilisation de l'électorat centriste contre le président sortant par Jean-Louis Borloo. Quant à la gauche, elle a des chances de moins disperser ses voix au premier tour que si DSK avait été candidat: Jean-Luc Mélenchon trouvera moins d'angles d'attaque contre le candidat du PS isssu des primaires qu'avec le social-libéral Strauss-Kahn.
Il y aura donc beaucoup de suspense, jusqu'au bout. Mais le débat politique promet d'être riche. Il va s'amplifier dès la rentrée. Mais pendant toute cette période, la France devra être fermement gouvernée et l'action se poursuivre sans prendre de retard et sans être affaiblie par les grandes échéances nationales de 2012. Pas facile!